L'année 2026 marquera le 150e anniversaire de la création de l'« Institución Libre de Enseñanza » (ILE) par un groupe de professeurs dont Francisco Giner de los Ríos et d'autres intellectuels, qui avaient fait l'objet de sanctions disciplinaires pour avoir défendu la liberté d'enseignement. L'ILE était étroitement liée à un mouvement international qui concevait le progrès humain à travers une nouvelle forme d'éducation, émancipatrice et solidaire. Aujourd'hui, l'ILE continue de promouvoir les valeurs inhérentes à sa tradition : le respect et la préservation du patrimoine commun, tant naturel que culturel ; la défense de la paix et des droits humains ; la tolérance et le dialogue ; ainsi que l'égalité, la solidarité et l'inclusion. Autant de valeurs qui constituent le fondement du vivre-ensemble démocratique et de l'édification d'une citoyenneté cosmopolite.
L'ILE a été le moteur de l'un des projets de modernisation les plus ambitieux de l'Espagne contemporaine. Pionnière dans le domaine de l'éducation des femmes, elle a toujours privilégié une formation intégrale et des méthodes pédagogiques actives. Jusqu'en 1936, elle a constitué un véritable vivier d'initiatives innovantes. Sous son impulsion, d'importantes réformes ont été engagées, donnant naissance, par exemple, au Musée pédagogique, à l'Institut des réformes sociales ou encore à la « Junta para Ampliación de Estudios e Investigaciones Científicas » (Conseil pour l'élargissement des études et de la recherche scientifique). Les centres qui en dépendaient tels que l'Institut national des sciences physico-naturelles, le Laboratoire de recherches biologiques, la Résidence des étudiants ou l'« Instituto-Escuela » entretenaient des liens constants avec leurs homologues des pays les plus avancés, favorisant ainsi l'éclosion de « l'Âge d'argent » de la culture et de la science espagnoles. Parallèlement, l'ILE a encouragé l'éducation populaire, notamment à travers des projets comme l'« Extensión Universitaria » (Extension universitaire) d'Oviedo ou les « Misiones Pedagógicas » (Missions pédagogiques).
À la mort de Giner, en 1915, et afin de pérenniser son œuvre, fut créée la Fondation qui porte son nom ; les activités de l'« Institución » initialement constituée sous la forme d'une société anonyme lui furent alors transférées. Le Conseil de la Fondation a assuré une continuité ininterrompue jusqu’à nos jours, bien que ses activités aient été brutalement interrompues par la guerre civile. À l’issue de celle-ci, l’Institution fut déclarée illégale et ses biens saisis, son siège étant alors attribué au ministère de l’Éducation. L’action des membres de l’Institution qu’ils soient restés en Espagne ou partis en exil a contribué à nourrir l’esprit de réconciliation et d’entente qui a présidé à la transition vers la démocratie. En 1977, la Fondation a vu sa personnalité juridique et sa pleine capacité d’action reconnues de nouveau, recouvrant par la même occasion une partie de ses biens. Ses programmes visent, aujourd’hui comme hier, à promouvoir l’innovation et la formation des enseignants, afin de relever ces défis et de former des citoyens responsables, capables d’affronter les enjeux les plus pressants de l’humanité. Parmi ceux-ci figurent les menaces pesant sur la démocratie libérale, les droits humains et la gouvernance mondiale, telles que les inégalités, la polarisation ou les conflits armés. En somme, l’ILE œuvre, hier comme aujourd’hui, à bâtir un avenir fondé sur le dialogue, la compréhension mutuelle et la concorde.
Institución Libre de Enseñanza